/ Le mystérieux archipel du fleuve Saint-Jean

Le journal intime de Guillaume Cyr

Je vous présente aujourd’hui un extrait du journal intime de Guillaume Cyr (1881-1974). Il s’agit d’un extrait qui décrit le phénomène duquel il a été témoin le 31 octobre 1898 sur l’île en face de l’église du village de Baker-Brook et qu’il avait nommé l’île aux sternes.

Le 31 octobre 1895

J’sais pas quoi penser et encore moins comment expliquer à mes parents et amis ce que j’ai vu ce soir. J’arrive du village et je suis encore estomaqué de ce que j’ai vu sur l’île aux sternes en face de l’église.

Je revenais du magasin général à Denis Nadeau en marchant la tête basse lorsque soudainement, j’ai entendu des sons bizarres en provenance de l’île. J’ai alors pris ma course et traversé le champ à côté du magasin général et je me suis approché de la rivière. C’est à ce moment que j’ai été renversé par le spectacle qui se déroulait devant mes yeux.

Étais-je dans un rêve? Après m'être pincé le dessus de la main gauche et frotté les yeux à plusieurs reprises, je me suis rendu à l’évidence que j’étais bien éveillé et que j’assistais à un phénomène étrange que je ne pouvais pas expliquer.

Les sons qui ont d’abord capté mon attention étaient semblables aux sons que j’avais déjà entendus en forêt lors d’une randonnée de chasse aux chevreux. J’avais alors assisté à un combat entre deux bucks qui cherchaient à impressionner une femelle. Je me rappelle encore le bruit infernal des cornes qui se croisaient et qui se frappaient avec vigueur. Cette fois-ci, les sons qui venaient de l’île semblaient être produits non pas par des cornes, mais par des os! Bon Dieu! Des frissons m’envahirent le dos.

Ce soir, il y avait un brouillard épais qui flottait à deux pieds au-dessus de la rivière. La pleine lune éclairait ce dense nuage blanchâtre ce qui créait une ambiance lugubre. Derrière cette masse de vapeur, quelqu’un avait allumé un feu et autour de ce feu se promenait ce que mon cerveau se refusait à identifier tellement c’était invraisemblable.

J’essayais de comprendre et de m’expliquer le film qui se déroulait devant mes yeux, mais perturbé, énervé et terrifié je ne réussissais pas à faire du sens de ce que je voyais. Même si je me refusais à croire ce que je voyais, après 5 minutes d’observation j’ai dû me résigner et accepter ce qui se passait. Des squelettes humains dansaient devant un feu de joie sur l’île aux sternes!

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Après cet aveu, la frousse s’est emparée de moi et je me suis mis à courir à toute vitesse en direction de la maison. J’ai trébuché trois fois, mais je suis arrivé sur le perron de notre maison en moins de temps qu’il ne faut pour épeler squelette.

À qui puis-je raconter cette histoire? Qui va me croire? De peur de faire rire de moi ou pire encore, de peur de me faire traiter de fou, je dois me résigner à vivre avec ce secret pour le reste de ma vie.

Je n’ai certainement pas envie de finir comme le colonel Baker!